J’ai participé à la conférence débat sur les familles, la santé et les dérives sectaires organisée par l’UDAF Val-de-Marne (présidée par Mme Françoise SOUWEINE) l’Association SOFI (Société, Famille Individu, présidée par Mme Michèle CHERPILLOD), et l’Association Générale des Familles de Vincennes, présidée par M. SOUWEINE, jeudi 30 novembre, salle Robert Louis – Cœur de Ville à Vincennes.
La prise de conscience de la réalité du phénomène sectaire en France, et de ses dangers, est plus que jamais nécessaire. Cette initiative est donc la bienvenue. L’actualité des sectes est directement liée à la survenance de faits divers particulièrement sordides, dont le plus emblématique fut probablement le double massacre de l'Ordre du temple solaire en 1994 et 1995. Si cette actualité est aujourd’hui moins spectaculaire, cela ne veut cependant en aucun cas signifier que les sectes perdent du terrain, ou aient renoncé à faire du prosélytisme.
La question de la prévention des dérives sectaires est une préoccupation constante du Gouvernement, et en particulier des ministères qui ont en charge un public mineur, conscients de la nécessaire information régulière des différents intervenants de terrain.
Le Préfet Jean-Michel ROULET, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), était l’invité d’honneur de cette conférence débat. M. ROULET a pu rappeler le rôle de la MILVITUDES qui a notamment publié un guide de formation de l'agent public et a placé des correspondants régionaux auprès des préfets de région afin que soient mises en place des formations décentralisées.
Pour mieux cerner la persistance des dérives sectaires, une Commission d'enquête parlementaire relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs a été créée le 28 juin 2006 par l'Assemblée nationale. Elle a été chargée d'étudier l'influence des mouvements à caractère sectaire et les conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs. Elle doit rendre ses conclusions très prochainement.
Dans la perspective de la finalisation du rapport Miviludes, je vous interpelle en tant que maman inquiète et choquée de lamalgame qui a récemment été fait entre linstruction des enfants en famille, les dérives sectaires, et le choix de la religion.
Je suis inquiète parce-que je suis face à un souci majeur dans notre famille ; mon petit Théo, 6 ans, rentré au CP cette année, a quitté son école de campagne où il sépanouissait avec bonheur, pour intégrer une grande structure de plusieurs centaines délèves. Passées les premières semaines dadaptation (mi-figue, mi-raisin), il a commencé à pleurer tous les matins en se levant, terrorisé à lidée dintégrer encore ce contexte où il trouve violences en tous genres. Le corps enseignant, démuni devant la sensibilité de notre fils à ce quils trouvent pourtant normal pour des gamins daujourdhui, a préféré le décréter en difficultés plutôt que de comprendre que certaines violences sont inacceptables et ne doivent pas perdurer, en classe comme dans la cour.
Ainsi, chaque jour, se profile un peu plus une évidence : à défaut décole dont le climat puisse être respectueux à chacun, à défaut décole privée dans notre secteur, à défaut de la réouverture du primaire de notre village quon nous a soigneusement fermé, Théo recevra peut-être lannée prochaine son instruction à domicile.
Cette solution est notre seule planche de salut pour que Théo puisse sortir de langoisse, de la spirale déchec dans laquelle il senferme, du jugement trop sensible quon lui a collé sur le front (au passage, je souligne que ce ne sont pas forcément des caïds qui peinent à lécole, il y a aussi ceux qui les subissent).
Cette solution est notre seul recours, notre seule vraie liberté.
Alors, quand jentends le tapage et le remue-ménage fait autour de la descente à Pau, et lamalgame très rapidement fait avec linstruction à domicile, je suis outrée et terriblement déçue que la France sachemine doucement mais lentement vers la privation des libertés individuelles et les contrôles des familles qui pourtant soccupent le plus de leurs enfants. Cest aussi sacheminer vers le non respect des Droits de lHomme dont la déclaration universelle permet dans son article 26 : "L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants." Linstruction est un droit et un devoir, mais le choix de son genre et de ses modalités incombent aux parents. En ce sens, déclarer à grands renforts de médias quil faut décréter lobligation daller à lécole (voire celle de fréquenter la républicaine pour ne pas être soupçonnés), au-delà de linstruction, cest violer un droit fondamental.
Pas encourageant pour voter lannée prochaine, tout cela....pas encourageant pour choisir son candidat.
A la fameuse question de lisolement dont on nous rabat les oreilles quant à linstruction en famille, sachez, Monsieur le Député, que la grande majorité des enfants en IEF bénéficient au contraire de beaucoup plus de temps et dénergie que les enfants scolarisés des dizaines dheures par semaine. Cela leur laisse ainsi le loisir de pratiquer tous les sports et activités possibles. Théo, par exemple, fait du rugby, de la natation et fréquente depuis peu le club ACE (action catholique pour lenfance) dont japprécie particulièrement le positionnement et les valeurs.
En vous remerciant de bien vouloir entendre un autre son de cloche que celui qui a été abondamment utilisé ces derniers temps, je vous prie, Monsieur
le Député, de croire en mes respectueuses salutations.
Pascale Francazal
J'ai 6 enfants qui sont instruits à la maison depuis 6 ans. Nous avons pris cette décision en famille et nous sommes heureux de ce choix qui respecte les rythmes de chacun et qui nous ouvre des horizons différents quotidiennement.
Je suis choquée que l'instruction en famille soit encore associé aux dérives sectaires. Il faut savoir que la plupart des enfants qui appartiennent à des sectes sont surtout des enfants scolarisés.
Ce sont deux choses tout à fait différentes et j'aimerais que notre choix soit respecté à la hauteur des choix qui sont effectués par les parents qui inscrivent leurs enfants en présentiel dans le public ou le privé.
Nous avons pour obligation de nous déclarer chaque année et depuis la loi de 1998 sur le renforcement de l'obligation scolaire, les injonctions de scolarisation sont rares (rapport de la Mivilides) et ne sont pas toutes liées à la problématique sectaire.
Les sectes sont connues depuis fort longtemps et bien avant la loi de 1998.
Je comprends l'importance de la protection de l'enfance et j'y suis particulièrement sensible mais je suis également très sensible à la liberté d'enseignement et contre les amalgames de toutes sortes qui nuisent à ce choix. Les contrôles se sont durcis et les abus se sont multipliés à l'encontre de certaines familles. Nos premiers contrôles se sont déroulés dans des conditions trés favorables et respectueuses. Mais depuis trois ans, les modalités de contrôle ont changé et la loi n'est pas respectée.
Je m'interroge d'ailleurs sur la finalité de ce renforcement de l'obligation scolaire alors que les contrôles plus systématiques ont surtout mis en évidence des familles soucieuses et responsables du bien-être de leurs enfants.
L'embrigadement sectaire est défini comme une absence d'esprit critique, mais cet esprit critique que nous cultivons n'est pas plus respecté et sujet à suspicion.
De toutes les façons, nous ne sommes pas des opposants farouches de l'école, nous avons fait un autre choix d'instruction tout simplement et nous aimerions le vivre de manière plus sereine dans un climat autrement moins suspicieux.
Vous écrivez : " La prise de conscience de la réalité sectaire en France,..., est Plus que jamais nécessaire ." Pourquoi cette affirmation ? Y\\\'a -t-il une augmentation du phénomène sectes ? Si oui , quelles réflexions avez-vous quant à cette recherche non sans conséquences de sens , de réassurance que proposent les sectes ?Pouvez-vous argumenter?Ne nous le devez-vous pas en tant qu\\\'élu , représentant du peuple ?
Par ailleurs, la commission d\\\'enquête parlementaire ,créee le 28/06/06 par l\\\'assemblée nationale , a auditionné en Octobre 06 les deux inspecteurs généraux de l\\\'éducation nationale ,chargés de cette question(prévention des sectes chez les mineurs au sein de l\\\'éd. nat.) .Cette audition est accessible sur le net .Je l\\\'ai lue .
(Et vous invite sincèrement à le faire .)
Il y a eu sur , je crois 2000 signalements d\\\'enfants, 8 signalements dont on suspecte éventuellement 1 maltraitrance liée à une cause sectaire .Donc, pourquoi vos collègues députés présents à cette audition (Mrs Fenech et Brard particulièrement), affirment-ils qu\\\'il y a urgence sur la question???
De plus ,pourquoi ces mêmes députés , dans le même cadre , interrogent les inspecteurs généraux , en insistant "lourdement" , sur les chiffres de l\\\'instruction en famille ???
Et pourquoi assimiler ce mode de vie et d\\\'apprentissage aux sectes ???
Ma fille est scolarisée par correspondance depuis cette rentrée .Je m\\\'occupe d\\\'elle et ses apprentissages .C\\\'est autrement plus rapide et efficace que l\\\'école.C\\\'est autrement plus respectueux de sa sensibilité et de ses rythmes .C\\\'est un choix , et je ne prétends pas l\\\'imposer à tous, mais je m\\\'indigne d\\\'être assimilée dans un projet de loi, maintenant voté, à de la prévention de la délinquance ,par l\\\'application d\\\'un contrôle social pour toutes les familles en Cours par correspondance !
Les Assistantes sociales de secteur ont bien assez de travail comme ça , sans pour , en supplément, devoir aller visiter chaque année (!) , toutes les familles dont un enfant est inscrit en cours par correspondance . N\\\'est-ce pas ridicule ?
Cela va-t-il diminuer les phénomènes sectaires ?
Je ne pense pas !!! Si une famille appartient à une secte , elle s\\\'en cachera assez bien !!! Et en général , ces familles ne fonctionnent pas de manière isolée .
Nous qui vivons ouvertement, dans un réseau social, prenons très mal cette décision plus que maladroite, qui personnellement me renforce dans mes choix, et me laisse bien pantoise quant à choisir un bulletin éventuel pour le second tour des présidentielles : Ce qui serait bien la première fois...
N\\\'est-ce pas regrettable ? Trouvez-vous que cette modification de l\\\'article 9 relative au contrôle des familles en cours par correspondance ,ait sa place dans un projet de loi de lutte contre la délinquance ? Pensez-vous sincèrement que ce contrôle est justifié et était indispensable ?
Je vous serais reconnaissante de me répondre sur ces deux points.
Merci,
Avec tout mon sentiment citoyen .
Rectificatif fait .
AFP - 19 déc 2006
L'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi) a remercié mardi la commission parlementaire sur les sectes, en soulignant que son rapport "va dans le sens d'une reconnaissance accrue du statut de victime pour les mineurs embrigadés dans des mouvements sectaires".
Dans un communiqué, elle "se félicite des aménagements législatifs proposés qui prennent en compte la vulnérabilité particulière de ces enfants appartenant de fait à une structure sectaire".
"Il est important que l'Etat, les proches et les associations d'aide aux victimes soient pourvus d'outils légaux pour intervenir dans des situations où l'équilibre, voire la santé de l'enfant est en danger", ajoute l'Unadfi.